Le premier point de l'histoire de la République démocratique du Congo en Coupe du monde de la FIFA a apporté un précieux réconfort aux habitants de Bunia, ville située au cœur de l'épidémie d'Ebola qui frappe actuellement le pays. Le match nul obtenu face au Portugal a offert à des milliers de supporters une rare occasion de célébrer, malgré la crise sanitaire et l'insécurité persistante qui touchent la province de l'Ituri, dans le nord-est du pays.
Ce résultat historique a été rendu possible grâce à Yoane Wissa, auteur d'un but à Houston qui a non seulement permis aux Léopards de décrocher leur premier point en Coupe du monde, mais aussi d'inscrire le tout premier but de la nation dans la compétition. Opposée au Portugal de Cristiano Ronaldo, la sélection congolaise a livré une prestation courageuse saluée par le sélectionneur Sébastien Desabre, qui a estimé que ses joueurs avaient représenté leur pays avec fierté et offert à toute la nation une raison de célébrer.
Bunia figure parmi les régions les plus durement touchées par la dernière flambée d'Ebola en République démocratique du Congo. La ville a enregistré des centaines de cas d'infection et des dizaines de décès, tandis que l'épidémie s'est également propagée à d'autres régions du pays ainsi qu'à l'Ouganda voisin. Le manque de ressources médicales et les capacités limitées de dépistage compliquent davantage les efforts de lutte contre la maladie.
Dans ce contexte difficile, le football est devenu une véritable bouffée d'air frais. Les habitants se sont rassemblés autour des rares téléviseurs disponibles pour suivre la rencontre, et lorsque Wissa a trouvé le chemin des filets, la ville a explosé de joie. Des jeunes ont envahi les rues pour célébrer, des conducteurs de motos ont multiplié les démonstrations de joie, tandis que les bars bondés ont résonné de chants et d'acclamations malgré les restrictions sanitaires destinées à limiter les rassemblements.
Parmi les supporters présents figurait Antoinette Makasi, qui s'est dite fière de soutenir son pays après avoir trouvé un établissement diffusant le match. Tout en savourant le résultat, elle a toutefois exprimé son inquiétude face à l'absence de distanciation physique dans le bar surchargé et a indiqué qu'elle se désinfecterait dès son retour chez elle par mesure de précaution contre Ebola.
Cette performance a également permis d'effacer en partie le souvenir douloureux de la seule précédente participation du pays à la Coupe du monde, en 1974, lorsque l'équipe, alors engagée sous le nom de Zaïre, avait quitté la compétition sans le moindre point après avoir encaissé 14 buts. L'exploit de cette nouvelle génération a ravivé l'espoir des supporters et renforcé leur fierté nationale.
La vie reste néanmoins extrêmement difficile en Ituri. La province demeure confrontée aux violences perpétrées par des groupes armés, notamment des milices et des extrémistes liés au groupe État islamique, plongeant les habitants dans une insécurité permanente. Pour des résidents comme Héritier Kimbimbi, la réussite de l'équipe nationale a constitué une parenthèse bienvenue, permettant d'oublier, ne serait-ce que quelques instants, les épreuves auxquelles leurs communautés sont confrontées.
Avant le coup d'envoi, une vive frustration avait gagné la population après qu'un écran géant installé à Bunia n'a pas diffusé la rencontre. Les habitants ont reproché aux autorités d'utiliser principalement cet écran pour les campagnes de sensibilisation contre Ebola, privant ainsi les supporters de la possibilité de suivre le match. Beaucoup ont dénoncé cette décision, d'autant plus que les coupures d'électricité sont fréquentes et que peu de foyers disposent d'un téléviseur.
Face à cette situation, de nombreux supporters ont quitté la place pour rejoindre en moto-taxi des bars et des restaurants où le match était retransmis. Leur détermination a finalement été récompensée par une prestation historique, offrant au pays l'un de ses plus beaux moments de ces derniers mois et rappelant que le football peut apporter de l'espoir, même dans les circonstances les plus difficiles.
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